Soutenance de thèse

Le Vendredi, 19. juin 2026 -
14:00 - 19:00
Salle des Actes, Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1

Mme Mathilde BREANT

Soutiendra vendredi 19 juin 2026 à 14 h

Salle des Actes n° 011 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1

une thèse de DOCTORAT

Discipline : Géographie et aménagement de l’espace

Titre de la thèse : La négociation sanitaire à l’épreuve de l’invisible. La gouvernance territorialisée de la tuberculose bovine en Corse

Composition du jury :

  • Mme Delphine BERDAH, Maîtresse de conférences, Université Paris-Saclay
  • M. Jean-Noël CONSALES, Professeur, Université Lumière Lyon 2
  • Mme Gwenola LE NAOUR, Maîtresse de conférences habilitée, Sciences Po Lyon
  • M. Éric ROUVELLAC, Professeur, Université de Limoges
  • M. Christophe SOULARD, Directeur de recherche, INRAE, directeur de thèse

Résumé de la thèse :

La tuberculose bovine est une maladie zoonotique qui fait l’objet de politiques publiques sanitaires visant son éradication en Europe. Pourtant, malgré le statut officiellement indemne de la France depuis 2001, on observe une persistance de foyers sur le territoire. La Corse, notamment, fait partie des régions où la maladie est la plus présente, devenue multi-espèces, révélant les limites d’une action publique standardisée pour en maîtriser la progression, lorsqu’elle se confronte à des configurations territoriales et des pratiques d’élevages hétérogènes. L’enjeu de cette thèse est ainsi de comprendre comment des politiques sanitaires conçues à des échelles nationales et européennes se traduisent, se négocient et se transforment à l’échelle locale, dans un territoire marqué par des contraintes géographiques fortes, une grande proximité entre la faune sauvage et la faune domestique, des pratiques d’élevage extensives et une faible structuration professionnelle des élevages bovins. Elle interroge plus largement les conditions dans lesquelles la gestion sanitaire peut faire l’objet de formes de différenciation spatiale, lorsque l’application uniforme des instruments d’action publique se révèle difficilement opérante dans certains contextes territoriaux. Ce travail de recherche vise alors à étudier comment la gouvernance de la tuberculose bovine se déploie en Corse, où les normes sanitaires nationales se heurtent à des pratiques d’élevage, des dynamiques territoriales et une structuration locale qui les rendent inopérants, conduisant à l’émergence de modalités d’action publique plus territorialisées. Pour ce faire, la première partie présente l’approche interdisciplinaire croisant géographie de la santé et analyse des politiques publiques, ainsi que la méthodologie qualitative mobilisée, reposant sur des entretiens menés auprès d’éleveurs, vétérinaires ou encore acteurs institutionnels, complétés par des observations de terrain et une analyse socio-historique des dispositifs de lutte contre la maladie. La deuxième partie revient sur la façon dont la tuberculose bovine s'est progressivement imposée comme enjeu sanitaire majeur et retrace la construction de sa gouvernance, tant à l'échelle nationale qu’à l’échelle territoriale, en Corse. Elle expose la prise en charge publique progressive de la maladie par des politiques d'éradication qui reposent sur des instruments standardisés et des procédures uniformes. En Corse, elles se heurtent à l’hétérogénéité des pratiques d’élevage et à la diffusion multi-espèce de la maladie, dans un territoire où elle est longtemps restée peu visible. C'est dans ce contexte qu'a pu émerger une gouvernance territorialisée de la maladie, avec des instruments sanitaires pensés à partir des contraintes des systèmes d’élevage et du territoire. La troisième partie s’intéresse au déploiement des instruments d’action publique sanitaires en Corse et à leurs usages situés, en montrant que leur opérationnalisation dépend de contournements, de négociation, d’adaptation, ou d’innovations locales. Ces processus impliquent notamment des acteurs intermédiaires essentiels dans les processus de traduction des politiques publiques en pratiques. Elle met aussi en évidence des zones d’incertitudes persistantes, liées à la faune sauvage et aux bovins en divagation. Ces situations révèlent les limites de cette l’publique sanitaire et contribuent à une coexistence durable avec la maladie sur le territoire. Enfin, la thèse souligne sur l’intérêt de penser des politiques de santé animale attentives aux pratiques des acteurs chargés de les appliquer et aux contraintes et ressources propres aux territoires. Nos résultats invitent à approfondir l’étude des processus de gouvernance sanitaire territorialisés et décloisonnés vers des formes de différenciation spatiale de la gestion sanitaire. 

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Bovine tuberculosis is a zoonotic disease subject to public health policies aimed at its eradication in Europe. However, despite France having held officially tuberculosis-free status since 2001, outbreaks persist across the territory. Corsica, in particular, is one of the regions where the disease is most prevalent and has become multi-species, revealing the limitations of standardized public action when confronted with heterogeneous territorial configurations and livestock practices. The objective of this work is therefore to understand how health policies designed at national and European levels are translated, negotiated, and transformed at the local level, within a territory characterized by strong geographical constraints, close interactions between wildlife and domestic animals, extensive livestock farming practices, and weak professional structuring within the bovine farming sector. More broadly, this research examines the conditions under which animal health management can give rise to forms of spatial differentiation when the uniform application of public policy instruments proves difficult to implement in certain territorial contexts. The study thus aims to analyse how the governance of bovine tuberculosis unfolds in Corsica, where national sanitary standards clash with local farming practices, territorial dynamics, and institutional arrangements that render them difficult to implement, leading to the emergence of more territorially adapted forms of public action. The first part of the dissertation presents the interdisciplinary approach combining health geography and public policy analysis, as well as the qualitative methodology employed. This methodology relies on interviews conducted with farmers, veterinarians, and institutional stakeholders, complemented by field observations and a socio-historical analysis of disease control measures. The second part examines how bovine tuberculosis progressively became established as a major animal health issue and traces the construction of its governance both at the national and territorial levels in Corsica. It highlights the gradual public management of the disease through eradication policies based on standardized instruments and uniform procedures. In Corsica, however, these measures encounter the heterogeneity of farming practices and the multi-species spread of the disease in a territory where it long remained relatively invisible. Within this context, a territorially oriented governance of the disease has emerged, with health instruments designed in response to the specific constraints of local farming systems and territorial conditions. The third part focuses on the implementation of sanitary public policy instruments in Corsica and their situated uses. It shows that their operationalization depends on processes of circumvention, negotiation, adaptation, and local innovation. These processes notably involve intermediary actors who play a crucial role in translating public policies into practice. The analysis also highlights persistent zones of uncertainty related to wildlife and free-roaming cattle. These situations reveal the limits of public health action and contribute to the long-term coexistence with the disease within the territory. Finally, the dissertation emphasizes the importance of designing animal health policies that take into account the practices of the actors responsible for their implementation, as well as the specific constraints and resources of territories. The findings call for further research on territorialized and cross-sectoral forms of health governance and encourage greater consideration of spatial differentiation in the management of animal health.

 

Dernière mise à jour : 01/06/2026